Prix du terrain non constructible — Estimation, requalification, monétisation

Achat02/01/26Par Algerino PasContent9 min de lecture
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Prix du terrain non constructible — Estimation, requalification, monétisation

Le prix d’un terrain non constructible ne se devine pas au feeling : il se chiffre en partant de ventes réelles (DVF), puis en ajustant selon des critères mesurables comme la distance au bourg, l’accès, la pente ou la possibilité de viabiliser. Si vous voulez acheter ou vendre sans vous tromper, l’objectif est d’obtenir un prix au m² (ou à l’hectare) défendable, et une fourchette qui tient compte des incertitudes.

En bref

  • Commencez par 8 à 12 comparables DVF proches et récents (en pratique sur 12 à 36 mois), puis calculez un prix de référence (médiane ou moyenne pondérée).
  • Transformez ce prix de référence en prix « chez vous » grâce à des coefficients (distance, accès, pente, eau, viabilisation, surface), puis multipliez par la surface pour obtenir un prix total.
  • Avant de signer, vérifiez noir sur blanc le zonage PLU, les risques PPR, les servitudes et le droit de préemption (ex. SAFER) : ces points jouent directement sur la valeur et sur le délai de vente.
  • Si votre stratégie repose sur une requalification, anticipez les délais (souvent 6 à 48 mois selon la procédure) et budgétez les études (ordres de grandeur : 1 à 20 k€ selon complexité).

Terrain non constructible : de quoi parle-t-on exactement ?

Un terrain est dit non constructible lorsqu’il n’est pas autorisé à accueillir une construction nouvelle au regard du PLU (plan local d’urbanisme) ou d’une carte communale, via un zonage (par exemple zones agricoles ou naturelles). Attention à une confusion fréquente : « non constructible » ne signifie pas toujours « figé pour toujours ». Certains terrains sont « sous contraintes » et peuvent évoluer si les règles d’urbanisme changent.

Concrètement, les raisons de non-constructibilité peuvent être liées à l’agriculture, à la protection environnementale, à des risques (inondation notamment), à des servitudes, ou à des règles spécifiques. La conséquence pratique est simple : vous ne valorisez pas ce foncier comme un terrain à bâtir, mais comme un bien d’usage (agricole, loisirs, exploitation possible) ou comme un pari encadré sur une évolution future.

Mes conseils pour lever le doute rapidement : vérifiez le zonage et les contraintes au service urbanisme de la mairie et sur des outils de cartographie publique (PLU, servitudes, risques). Une fois ce cadre posé, l’estimation devient un exercice de comparaison, pas d’intuition.

Quels critères font monter ou baisser la valeur ?

La valeur dépend d’abord de la localisation et de la facilité d’usage. Un terrain proche du bourg, accessible et exploitable « sans surprise » se négocie généralement mieux qu’une parcelle isolée, difficile d’accès ou très contrainte. Pour rester pragmatique, je vous recommande de quantifier les critères (kilomètres, temps de trajet, longueur de chemin, pourcentage de pente), car ce sont ces éléments qui se défendent ensuite dans une négociation.

Ensuite, la configuration compte : surface, forme, accès. Une petite parcelle peut bénéficier d’un effet de prime, alors qu’une grande surface subit parfois un rabais « par hectare » selon la demande locale. Enfin, les caractéristiques physiques (pente, qualité du sol, inondabilité) et la présence d’eau ou de réseaux influencent l’usage possible, donc le prix.

Dernier point que je vois souvent sous-estimé lors de ventes en Île-de-France et autour des pôles urbains : le droit de préemption en zone agricole peut changer la donne. Même si le prix théorique semble cohérent, le délai, l’incertitude ou la renégociation potentielle pèsent sur la valeur réellement obtenable.

La méthode chiffrée que vous pouvez reproduire (DVF + coefficients)

Pour estimer proprement, partez d’un prix de référence issu de transactions comparables, puis ajustez par coefficients. L’idée est simple : vous ne cherchez pas « le bon prix » au centime, vous cherchez un prix justifiable et une marge d’erreur maîtrisée.

Étape 1 : trouver des comparables DVF et calculer un prix de référence

La base DVF (Demande de Valeur Foncière) permet de retrouver des transactions. Vous filtrez des ventes de « terrain » proches géographiquement et suffisamment récentes, puis vous calculez un prix au m² (ou à l’hectare). Pour limiter les biais, un repère utile est de travailler sur une fenêtre de 12 à 36 mois, avec des terrains « proches » et de surface comparable.

Deux approches sont prévues : prendre la médiane (souvent plus robuste si un prix est atypique) ou une moyenne pondérée (si vous savez pondérer par proximité, ressemblance, fiabilité).

Exemple de formule tableur pour une liste de prix comparables : =MEDIAN(B2:B10). Cette valeur devient votre Prix_m2_ref.

formule-de-comparaison-des-prix

Étape 2 : ajuster avec une formule simple (à copier dans Excel ou Google Sheets)

La formule de base est multiplicative :

formule-multiplicative-de-base

Prix_m2_est = Prix_m2_ref × C_distance × C_access × C_pente × C_eau × C_viabilisation × C_surface

Et en version tableur, l’idée est d’avoir une cellule pour le prix de référence, puis une cellule par coefficient : =B12*C13*C14*C15*C16*C17 (exemple de structure).

Pour ne pas sur-interpréter, gardez en tête deux règles pratiques : documentez chaque coefficient (pourquoi vous l’avez choisi) et évitez d’empiler trop de valeurs extrêmes sans raison. C’est aussi comme cela que vous rassurez un acheteur ou un notaire lors d’une vente.

Barème de coefficients utilisable tout de suite

Je vous propose un barème simple, à calibrer avec votre marché local DVF. Les coefficients « typiques » se situent entre 0,5 et 1,3 selon les facteurs.

Critère Situation Coefficient suggéré
Distance au bourg < 1 km 1,00
Distance au bourg 1 à 3 km 0,90
Distance au bourg 3 à 10 km 0,75
Distance au bourg > 10 km 0,60
Accès Route goudronnée directe 1,00
Accès Route secondaire 0,95
Accès Chemin agricole > 200 m 0,85
Pente < 5 % 1,00
Pente 5 à 15 % 0,90
Pente > 15 % 0,75
Eau potable Oui 1,00
Eau potable Forage possible 0,95
Eau potable Pas d’eau 0,85
Viabilisation potentielle Réseaux proches 1,00
Viabilisation potentielle Coût modéré (10 à 30 k€) 0,90
Viabilisation potentielle Coût élevé (> 30 k€) 0,70
Surface < 0,5 ha (prime) 1,10
Surface 0,5 à 5 ha 1,00
Surface > 5 ha (rabais par ha) 0,95

Une fois votre Prix_m2_est obtenu, vous calculez le prix total : Prix_total = Prix_m2_est × surface. Pour gérer l’incertitude, travaillez en fourchette, par exemple ±10 % à ±30 % selon la qualité des comparables et votre confiance dans les coefficients.

Le bon réflexe, c’est d’arriver avec un prix expliqué ligne par ligne : des comparables DVF, des coefficients argumentés, et une fourchette. Dans l’immobilier, ce n’est pas celui qui « pense » qui convainc, c’est celui qui démontre.

Où trouver les infos utiles (sans y passer vos week-ends)

Pour les transactions, utilisez DVF via les portails publics et exportez si besoin en CSV afin de filtrer proprement (type de bien, date, commune, proximité). Pour les règles, vous cherchez surtout à confirmer le zonage (PLU), les risques (PPR) et les servitudes, via les outils cartographiques publics et la mairie.

Pour mesurer, restez simple : une mesure de distance ou de temps de trajet via un outil de cartographie suffit généralement à alimenter les coefficients de distance et d’accès. Si vous êtes à l’aise techniquement, des outils SIG existent, mais ils ne sont pas indispensables pour une estimation sérieuse à l’échelle d’une transaction.

Avant achat ou vente : la mini check-list qui évite les mauvaises surprises

Un terrain non constructible se valorise aussi par la clarté de son dossier. Plus vous apportez de preuves, plus vous réduisez les discussions stériles sur le prix, et plus vous sécurisez la signature.

  • PLU et zonage : récupérez l’extrait et identifiez la zone (agricole, naturelle, etc.).
  • PPR (risques, dont inondation) : vérifiez si le terrain est concerné et à quel niveau, car l’impact peut être fort sur l’usage.
  • Natura 2000 ou ZNIEFF : ces classements peuvent limiter des aménagements et influencer la valeur d’usage.
  • Servitudes : passage, réseaux, contraintes diverses, à clarifier avec les documents et le notaire.
  • Préemption (ex. SAFER) : anticipez le délai et l’incertitude, surtout en zone agricole.

Rendre un terrain constructible : ce que vous pouvez réellement anticiper

Si votre projet est une requalification, la première étape est un pré-diagnostic : faisabilité technique (réseaux), premiers enjeux environnementaux, et points juridiques. Des études peuvent être nécessaires, avec des ordres de grandeur allant d’un diagnostic simple 1 à 3 k€ à des études plus poussées 5 à 20 k€ selon la complexité.

Le parcours administratif commence souvent par un échange avec le service urbanisme, puis un dépôt formalisé. Selon la commune et le type de procédure, les délais annoncés sont très variables : une procédure ciblée peut se situer vers 6 à 18 mois, alors qu’une modification ou une révision du PLU peut aller de 12 à 48 mois. Dans votre estimation, ce temps n’est pas un détail : il influence directement la stratégie, la négociation et, si vous empruntez, le montage.

Mon retour de terrain : beaucoup de propriétaires surestiment la « promesse » de constructibilité. La bonne approche est de raisonner en scénarios (réussite rapide, réussite longue, refus) et de prévoir une alternative de valorisation si la requalification n’aboutit pas.

Financement et valorisation sans construire : ce que regardent banques et acheteurs

Les banques sont souvent prudentes sur ce type de foncier. Quand un financement existe, il peut demander plus d’apport et reposer sur une logique de garantie et de projet. Des pratiques observées incluent un LTV (part financée) souvent plus faible, de l’ordre de 40 % à 60 % selon le dossier, avec des justificatifs comme une estimation indépendante et, si vous visez une évolution, des éléments de faisabilité.

Si vous cherchez une rentabilité sans construire, l’approche la plus propre consiste à comparer les scénarios via un rendement. Les formules sont directes : rendement brut = revenu annuel / prix d’achat et rendement net = (revenu annuel - charges) / prix d’achat. Les options de monétisation possibles existent (baux, locations), mais elles doivent être compatibles avec le zonage et les contraintes du terrain.

Le Paris de l’Immobilier vous accompagne si vous souhaitez sécuriser une estimation DVF, bâtir une fourchette cohérente et préparer un dossier lisible pour votre notaire ou pour un acheteur. Je me tiens à votre disposition pour relire vos comparables, vos coefficients et vos hypothèses avant mise en vente ou offre d’achat.

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